La Transat

Nous vous avions laissé en plein travaux de frigidaire, et vernis à Trinidad. Les travaux ont dû être momentanément nterrompus pour cause de « Joyce ». Joyce étant le nom d’un cyclone prévu pour le sud des Antilles. Le port n’étant pas sûr en cas de houle, nous avons décidé de FunFun sort de l'eau...partir nous mettre à l’abri dans une baie de la côte vénézuélienne. Bien ancré de toutes parts, nous attendons le cyclone qui va nous passer en fait tout près, mais heureusement en devenant seulement une dépression tropicale. Nous nous en sortons avec beaucoup de stress pour finalement pas de vent, et pas de houle, mais personne ne s’en plaindra. Par contre nous découvrons la côte du Venezuela coté golfe de Paria, sauvage et peu habitée, qui n’est couverte par aucun guide de navigation. Nous reviendrons sûrement nous promener par là.

 Lors de notre retour vers Trinidad, au moteur, FunFun se met à trembler de façon anormale, et à deux reprises. Pourtant pas de problème de profondeur, ni de moteur… Peut-être la dérive est-elle devenue folle ? En arrivant à Chaguaramas nous apprenons qu’en fait il s’agissait d’un tremblement de terre de 5.8 sur l’échelle de Ca roule pour FunFun !!!!Richter, qui a frappé près de Trinidad. C’est la série pour une île qui est en dehors de la trajectoire des cyclones, et qui n’a jamais connu de tremblement de terre comme cela… Nous lançons un message à Dieu, via Michel, notre ami canadien, Michel signifiant ‘Image de Dieu’ ! Nous continuons à préparer notre périple à terre.

Vendredi 13 Octobre 2000 (Heureusement que nous ne sommes pas trop superstitieux, mais  bon… on n’avait pas trop le choix de la date…) : Dernier jour contre la montre. Ghislaine part à Port Of Spain pour faire valider les papiers de la chienne par l’ambassade du Vénézuéla. Pendant ce temps, nous finissons de préparer FunFun, faisons le plein de gasoil, et arrivons à 11 heures au chantier pour être sorti de l’eau. En fait nous ne serons sortis qu’à 3 heures de l’après midi, dû Le patio de la posada... Pas mal pour un début...à un peu de retard du chantier. Un plongeur positionne les sangles sous le bateau, et hop, le cœur accélère, et voilà FunFun hors de l’eau. Un coup de Karscher pour nettoyer le dessous, et voilà notre bateau en route pour la zone de stockage longue durée, sur le camion-tracteur du chantier. Ensuite deux jours de travail  pour bâcher le pont, et ouvrir tous les placards/planchers et équipets pour que rien ne s’abîme à l’intérieur. Nous en profitons pour rencontrer Marc et Francine à bord de Figaro sur le chantier, canadiens vivant sur leur voilier depuis 8 ans, et qui mettent pied à terre à Trinidad, où Marc vient de créer une entreprise. Si un jour vous rencontrez une canadienne débordant d’énergie, et faisant l’hélicoptère avec ses bras en parlant à toute vitesse, demandez si ce n’est pas Francine !  Nous avons bien apprécié ces quelques moments passés ensemble. Dernier pincement au cœur en passant Patio d'altamiradevant FunFun le lundi matin à 4 :45 du matin. Direction aéroport.

Trinidad prend soin de notre bateau...

Lundi 16 octobre 2000. Caracas, nous voici, changement de langue, Buenos Dias Amigos !  Pas de problème lors du passage de la douane avec la chienne, personne ne nous demande les papiers difficilement acquis. Et en ce qui concerne la possible fouille des bagages, c’est une affaire de loterie : vous appuyez sur un bouton, si la lumière verte s’allume, vous passez sans encombres (ce qui a été notre cas), si c’est la lumière rouge qui s’allume, ils fouillent. Adieu délit de sale mine…

Arrivée comme prévue à Barinas, au pied des Andes où nous attend notre guide, Aura. Bagages, CNED, et toute la Orchidéefamille en route en 4X4  vers Altamira où nous passons notre première nuit vénézuélienne dans une superbe‘Posada’(Auberge). Altamira est un petit village typique aux maisons basses, aux pieds des Andes, en dehors de tout tourisme. Ballade à pied dans ses ruelles (plus ou moins carrossables) axées autour de la place Bolivar (libérateur du joug espagnol). Ce n’est pas compliqué : dans tous villages, communes, villes, il existe une place Bolivar ; la seule différence étant l’importance de la statue trônant en son centre (buste, en pied ou à cheval).

Réveil à 5 heures du mat, pour aller découvrir les « coqs des roches », après une heure de marche en forêt humide (les enfants déclinent l’invitation et continuent leur sommeil dans la voiture. A ce train-là, cela va être dur de les traîner dans nos expéditions… On verra…). Donc pourquoi cette heure si matinale ? Parce que ces oiseaux d’un superbe orange, à la crête proéminente, ne sont visibles à cet endroit qu’au lever du soleil (ensuite ils s’envolent vers des endroits inaccessibles, pour ne revenir qu’au coucher du soleil. Voilà.).

Sur le chemin du retour, nous découvrons des orchidées sauvages. Elles vont du blanc, en passant par toutes les teintes de rose, en allant du mauve au violet, pour finir au bleu.Fraijelones

Nous retrouvons les enfants et goûtons aux  « arepas »(galettes de maïs, c’est plutôt « étouffe-chrétien » le pain ici), et filons vers Mérida, la ville la plus haute du Vénézuéla (1670m). Ca grimpe et les routes (c’est une constante au Vénéz) sont loin d’être confortables. Nous nous arrêtons à Apartaderos à 3342m, non sans avoir endossé nos pulls, nos polaires et tout ce qui peut nous prémunir du froid. Et surprise !!! Pas de neige à cette altitude, pas plus sur le Pico d’El Aguila qui culmine à plus de 4100m, seulement une végétation adaptée aux différences de températures diurnes et nocturnes (fraijelones). Nous passons à Mucuchiès, lieu où l’on vend des chiots ressemblant étrangement à nos grands Pyrénées. Carib y va de son petit Wouaf-Wouaf pour saluer ses congénères !!!

Après moults virages et montagnes, Mérida se profile sur un plateau, dans la vallée. Nous nous posons là deux jours en attendant l’arrivée  de l’équipage de Loreleï (Michel, Nicole et Pierrot). Ils arrivent congelés de Puerto La Cruz, après 20 heures de bus avec la clim bloquée à fond. Joyeuses retrouvailles et rencontre d’un autre couple français, navigateurs, Alain et Annick. Nous voilà donc à 9.

Le programme du lendemain : El Pico Espejo, 4765m, par le A quelques 3800m d'altitude !!!téléphérique « le plus long et le plus haut du monde », 5 stations où nous changeons de cabine à chaque fois. Facile. Et là-haut, la neige et le froid. Cela nous change de nos étendues bleues de la mer des  Caraïbes. Clic-Clac Kodak. Cela nous rafraîchira les jours de grandes chaleurs sur nos bateaux respectifs!!!

Nous redescendons jusqu’à l’avant-dernière station à 4000m,( sacs au dos, équipés pour la montagne) pour emprunter le chemin de mules qui doit nous conduire à Los Nevados. Selon les guides que nous n’avons pas manqués de compulser, il nous faut 4 heures de marche dont une bonne demie-heure pour grimper à 4200m à Alto de La Cruz, et ensuite un peu plus de 3 heures de descente vers le village de Los Nevados (dixit les guides sans distinction aucune : bon ou mauvais marcheur). Nous louons des mules pour les enfants, le temps de la Putain ça caille la haut !!!grimpette. Ils arrivent à Alto de la Cruz, frais comme des gardons, malgré l’altitude. Les 7 adultes restant, l’atteignent en un peu plus d’une heure (le timing en prenant déjà un coup), en ayant craché poumons (non-fumeurs compris), les jambes en coton et en pestant comme il se doit. Première leçon : ce n’est pas sur nos bateaux que nous devenons des pros de la  grimpette (à part pour monter au mât)!! Bon, cet Alto de La Cruz, c’était notre Anapurna à nous !!! Après un arrêt pique-nique dans la pampa, tout schuss vers Los Nevados sur un chemin de mules, à travers de magnifiques paysages de montagnes, avec des aplombs vertigineux, des cascades claires et des torrents bruyants. Cela vaut le détour. Et il n’y en a plus que pour 3 bonnes heures.

Mais petit hic  Les heures s’écoulent sur un chemin de pierres qui roulent à souhait, dangereux pour les chevilles et Une pause bien méritée...démoralisant au possible. C’est quoi cette galère !!! Ce sont les enfants qui tiennent le mieux le coup. Nous arrivons bon an mal an jusqu’à un pont de pierres où nous faisons une pose bien méritée et  constatons l’étendue des dégâts occasionnés par cette marche difficile. Deuxième leçon : ce n’est pas non plus sur nos bateaux que nous sommes devenus des pros de la marche à pied !!! Le moral n’est pas au mieux. Nous ne savons pas combien de temps il nous reste à marcher pour atteindre notre but. Mais il fait beau…Et puis…arrivent à fond de train nos sauveurs… les mules. Prière de ne pas rire !!! Après négociations avec les muletiers, ils nous libèrent 5 mules pour les plus mal en point d’entre nous. Chargés de tous les sacs à dos comme des baudets, la Tout va mieux sur les mules...suite de la marche prend une autre forme (il reste 1h30 de marche pour ceux qui restent, sur un chemin de terre un peu plus carrossable, quoique…). Maintenant, ce sera  une autre partie du corps qui va déguster. Les muletiers riront beaucoup de notre manque d’habitude à chevaucher ces bestiaux. Au bout d’une heure, nous découvrons enfin Los Nevados du haut de ces charmantes bêtes et avons un mal fou à en descendre sans aide, les muscles des jambes ne répondant plus. Et le hasard faisant bien les choses, c’est Enfin voici Los Nevados...dans la posada de notre muletier en chef Jorje que nous élisons tous domicile pour quelques jours.

Nous y faisons la connaissance de toute sa jolie petite famille, aux têtes brunes et au sourire Le patio de la posada radieux : Zoraïda, sa femme qui nous proposera tous les jours des menus différents du petit déjeûner au dîner ; John, leur fils de l’âge d’Hugo (mais en plus barraqué) qui est très étonné de voir que nos enfants aient un si grand papa (les Andins ne sont pas très grands) ; Karina, petite fille espiègle qui a l’âge de perdre ses dents et Ariana, un amour de petite fille à qui nous chantons des chansons de gestes pour enfants et qui en retour nous inonde d’applaudissements et d’éclats de rires.

Le lendemain, seuls Alain et les enfants sont d’attaque pour une ballade à dos de mule, en On en re-demande !!! compagnie de Jorje. Pour les autres, sieste dans les hamacs… et ballade dans le village. Un villageois me voyant quelque peu handicapée pour m’asseoir me dit que si quelqu’un me demandait comment c’était le Vénézuéla, je pourrais répondre : « El culo es negro ». Ne parlant pas l’espagnol, je n’ai pas pu lui dire qu’en plus il me manquait quelques cm2 de la peau des fesses…et que le seul moyen pour moi de remonter sur une mule serait sur le ventre, seule partie de mon anatomie encore intacte !!!

Néanmoins, nous récidivons tous (Carib incluse, voyageant à pattes, à dos de mule, ou dans Avec la couverture cela va nettement mieux !!! un sac à dos) les jours suivants (Jorje m’installant un épais coussin sur la selle…) pour aller jusqu’à un moulin à l’ancienne, pour pique-niquer dans la montagne, pour aller pêcher la truite, et enfin remonter jusqu’à la Laguna Grande (3700m), lac aux pieds d’un cirque grandiose. Sur le retour, nous nous faisons surprendre par une pluie diluvienne, plus un poil de sec, le chemin devenant un bourbier glissant et dangereux. C’est là que nous sommes époustouflés par l’assurance et la dextérité des mules sur ces chemins pentus devenus de véritables patinoires, impraticables à pied. Arrivés à destination,  pour un peu, nous les embrasserions !!! Zoraïda fait tout le village pour nous ramener à tous des vêtements secs et Jorje nous amène à tous café et chocolat chauds au lit.  Nous avons aussi une soirée impromptue « musique vénézuélienne », Jorje allant chercher deux de ses amis musiciens, l’un arrivant avec un Stradivarius, l’autre avec un quatro (guitare à 4 cordes). Ils sont accompagnés par John à la Hooo tranquilo mula amiga !!! râpe à fromage, et Jorje aux petites cuillères. Jorje joue, lui-aussi, du violon… Etonnant ce jeune muletier !!!

Nous avions prévu de rester à Los Nevados trois jours, nous y sommes restés six, coulant des jours heureux.

Il est temps de redescendre vers Mérida. Cinq d’entre nous décident de le faire à dos de mule (4 heures), peut-être n’ont-ils pas encore le derrière assez râpé ? Les quatre autres font le voyage en taxi 4 roues motrices, certains d’avoir fait le bon choix… En fait, le parcours est de toutes façons très chaotique. Après les pluies de la veille, nous découvrons un chemin semé d’embûches, ornières, éboulements, effondrements. Mais lorsque la route nous permet d’ouvrir les yeux, nous découvrons Les Andes dans toutes leurs splendeurs !!!

Los Frailes.... On est a plus de 3500m !Après un passage à la laverie, direction Los Frailes (65 kms au nord de Mérida-2h30 de bus très local, sacs à dos, la plus baroudeuse d’entre nous étant Carib).

Los Frailes est un ancien couvent construit en 1642, transformé en hôtel, isolé de tout, à plus de 2700m. Seules les chambres sont chauffées…Nous sommes obligés de porter bonnets et polaires dans toutes les autres pièces de l’hôtel, qui sont du reste splendides. Pauvres moines !!!

Laguna de MucubajiLe lendemain, nous allons jusqu’à la Laguna de Mucubaji pour une marche qui nous mène jusqu’à la Laguna Negra sous un soleil splendide. Malgré l’altitude, la marche est facile…moins de 50 arrêts en 3 heures aller-retour !!! Sans parler des arrêts nécessaires à la cueillette de quelques kilos de cèpes…

Notre chauffeur de taxi nous récupère pour nous mener à Acequias, village perdu dans le parc national de la Sierra Nevada. Toujours en 4X4. Les difficultés du chemin dépassent celles rencontrées lors de notre descente de Los Arret pipi dans les Andes... Nevados. Mais les paysages sont à la mesure des sensations éprouvées.

A la posada d’Acequias, nous envahissons la cuisine pour préparer nos cèpes à l’ail et au persil, sous les yeux inquiets de la cuisinière, qui pour tout l’or du monde n’en aurait pas goûté. Ils sont fous ces français !!!

Nous allons à pied jusqu’aux ruines de l’ancien village, détruit lors d’un tremblement de terre, il y a 400 ans. Bon, ce n’est pas la peine de vous déplacer jusqu’ici pour venir les admirer… Il y a sûrement mieux ailleurs.

Acequias le matinQuelques-uns vont faire une ballade à cheval, accompagnés d’un pseudo-guide guère enclin aux explications. Et les chevaux sont d’humeur plus belliqueuse et n’ont pas le pied aussi sûr que les mules. Nos hommes reviennent trempés comme des soupes mais heureux d’avoir maîtriser les bêtes.

Le village ne nous laissera pas de souvenirs impérissables…

Direction le lac de Maracaïbo (le plus grand lac d’Amérique Latine, 13.000 kms2, 10.000 derricks), de l’autre côté de la chaîne des Andes. Paysages de cactus et ensuite terrain plat couvert de bananeraies ou d’étendues herbeuses pour l’élevage des vaches. Nous vous rassurons, nous ne visitons pas les champs pétrolifères.

EmbarquementNous suivons une rivière qui nous mène au lac. Nous empruntons des pirogues propulsées par des 50CV (les enfants sont aux anges !!!). C’est une mangrove où il fait chaud et où vivent des singes hurleurs, des serpents, des iguanes et de nombreux rapaces. A vos jumelles !!! Au coucher du soleil, les ibis et les cormorans se perchent sur les arbres pour la nuit. Nous allons,  pour notre part, nous percher dans des hamacs, à l’abri d’une maison sur pilotis, non sans avoir dégusté des crabes-bleus au barbecue… Quelques-uns vont, à la nuit tombée, à la découverte des caïmans. Ils les débusquent grâce à leurs yeux se reflétant à la lumière d’une lampe-torche. Beurk…

Les maisons sur pilotis !!La nuit est zébrée d’éclairs venant de toutes parts (c’est un phénomène non-expliqué). A un moment, le vent se lève. Cela n’empêche personne de dormir. Nous nous retrouvons dans notre élément (sur l’eau et avec du vent). Seule notre guide semble inquiète.

Retour sur la terre ferme. C’est là que nous nous séparons tous. Les équipages retournent sur leurs bateaux respectifs. Sauf nous…

Il est temps de nous poser pour que les enfants puissent correspondre avec Mr. CNED. Nous lA Merida avec Nicole,Michel et Pierrotouons, à 15 minutes de Mérida, dans la montagne, une « cabana », ainsi qu’une voiture. Petite parenthèse : le litre d’essence est à 80 bolivars et il faut 100 bolivars pour faire 1,20 FF…Voilà ce que c’est d’être un pays producteur de pétrole… Maintenant, on ne peut pas dire que le Vénézuéla soit bon marché, c’est l’un des pays les plus chers d’Amérique du Sud, avec l’Argentine. 

Nous vous quittons là, occupés que nous sommes à satisfaire les demandes de Mr.CNED.

Prochaine destination : Le Sud-Est du Vénézuéla, la Gran Sabana.

A bientot pour la suite de nos aventures !!!!  Wouaf Wouaf!