La Transat


Départ le 23 Septembre 99 de Lisbonne

Dans la baie de Lisbonne, le jour du départEn compagnie de Martin et Mathias sur Hakuna Matata , Funiculi-Funicula, avec à son bord toute notre petite famille, redescend pour la dernière fois le Tage. Direction l’archipel de Madère ou plus exactement l’île de Porto Santo.

Notre première vraie navigation depuis un an que nous avons notre bateau : 4 jours. Appréhension, bien-sûr!!! Mais aussi plaisir d’être à bord (Fun-Fun est grand et solide) et grande joie de voir évoluer dans leur élément les dauphins.

Les enfants lanceront avec succès leur ligne à l’eau : des bonites toutes fraîches pêchées atterriront dans nos Apparition de Porto Santo au petit matin. Il reste quand même 6 heures de navigation avant d'y arriver !assiettes. Avis à la population : si vous avez des recettes sympas pour cuisiner le poisson, nous sommes preneurs, car nous avons épuisé toutes nos connaissances.

Beaucoup de passages nuageux et peu de vent seront notre lot cette fois-ci, avec en particulier une nuit de « rêve » sans vent où Fun-Fun jouera d’un bord sur l’autre, nous obligeant à une chasse aux bruits dans les « équipets » (toute chose mal calée faisant un cliquetis répétitif, notamment les verres).

Et au petit matin, droit devant nous à 20 miles se découpe l’Ile de Porto Santo. Magnifique !!! Après avoir ancré le bateau et gonflé l’annexe, tout le monde est ravi de mettre pied à terre. Quelle aventure, ces 380 miles !!! Dont on reparlera pendant plusieurs jours  encore…

Jardin botanique de MadèreA nous les plaisirs de la baignade autour du bateau  dans une eau couleur lagon. A partir de ce moment, ce sera la cour de récréation préférée des enfants lors des intermèdes alloués par « Mr CNED ».

Quelques ballades sur l’île qui, contrairement à Madère, est désertique mais offre de ses hauteurs, de splendides vues sur l’archipel.

Quelques jours et nous relevons l’ancre pour aller sur Madère, « l’île aux fleurs », à 60 miles de là. « Atterrissage » sur Funchal avant le lever du jour !!! (Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué !!!). Mouillage dans l’avant-port réputé rouleur.

Nous profitons du marché pour faire le plein de frais et découvrons la ville avec plaisir. Nous irons faire une ballade à pied de 2 Heures le long d’une Ballade dans une 'levada'« levada »(canaux d’irrigation pour les bananeraies, palmeraies et autres plantations, qui serpentent à flanc de collines). Ce qui est dommage, c’est qu’en ayant habité à Lisbonne pendant un an et demi, nous ne soyons pas venus ici par avion au printemps pour profiter de toutes ces plantes en fleurs (cerisiers, fuschias, hibiscus, bougainvillers,oiseaux de paradis, orchidées etc…) et cela a l’état sauvage. Dommage. Il existe aussi sur les hauteurs de Funchal un jardin botanique magnifique (à voir même sous la pluie !!!).

Quelques jours plus tard, le 4 Octobre 99, nous quittons

Adieu Madère. 25 à 30 nœuds nous poussent vers les Canaries. Parfois gentiment secoués, mais secoués pour secoués autant avancer !!!(Je n’aurais jamais pensé avant, être capable de dire cela. Bon, il y a secoué et secoué, tout de même …).

Comment avoir le mal de mer sur terre :-)Après deux jours entre gris et soleil et deux nuits avec étoiles et croissant de lune, nous atteignons l’île de Lanzarote. Pour les plus chevronnés, c’est de là que commence la réelle descente vers les tropiques.

Nous mettrons pied à terre pour découvrir cette île volcanique (après un tour à dos de chameau), la plus belle selon nous avec celle de la Gomera que nous atteindrons bien plus tard. Pratiquement pas de végétation, mais de magnifiques volcans et mer de lave très impressionnants. Des plages au sable noir.

Nous repartons vers l’île de Lobos où un petit lagon nous attend. Malheureusement, il pleut et cela ne nous donne pas l’envie d’y rester plus d’un jour.

Un volcan de LanzarroteNous repartons vers l’île de Gran Canaria. Vers Las Palmas. Haut lieu de tous les transatiers.

Qui dit traversée de l’Atlantique dit Las Palmas. C’est aussi le lieu où il faut faire le plein des soutes. Supermarché, nous voilà !!!

Arrivée avant le lever du jour !!! Qui peut le plus peut le moins !!! Ils ne veulent pas de nous dans la marina, ils attendent ceux de la transat de l’ARC. Donc nous allons mouiller dans l’avant-port. Et ce sera la valse des annexes. Nous allons voir les différents shipchandlers pour compléter l’armement de bateau. Et au quai de la pompe à gas-oil nous embarquons dans le cockpit tous nos cartons

Las Palmas, un rêve d'enfant ...Nous partons pour le sud de l’île, à Porto Rico, pour rejoindre notre collègue suisse qui carène son bateau et aussi pour installer éolienne, hydrogénérateur, grosse révision moteur et nouveau radar à bord de Fun Fun.

Gran Canaria ne nous laissera pas de grands souvenirs, c’est une île dévolue exclusivement aux touristes, surtout allemands avec des constructions sur dix étages défigurant totalement le littoral. Beurk !!!

Direction La Gomera, dernière escale prévue aux Canaries. Sauf que lorsque la nuit se révèle être chaotique (effet venturi entre les îles, plus de vent sous les autres …), une halte s’impose d’elle même à l’abord d’un port, en l’occurrence « los crados » à Ténériffe.

Après un temps de repos, nous faisons connaissance avec des « globicéphales »(genre de mammifères marins noirs à bosse sur la tête, dormant à la Arrivée sur Gran Canariasurface de l’eau, pas très vifs les bestiaux, on préfère de loin voir évoluer des dauphins) sur la route de la Gomera.

A San Sebastian de La Gomera, les hommes check les gréements. Dame météo nous fait encore une de ses entourloupes, nous bloquant quelques jours de plus, nous permettant toutefois de faire connaissance avec les équipages d’autres bateaux qui n’ont pas tous notre destination. Echange d’idées, d’expériences, se finissant parfois par l’apéro.

Nous dévalisons le marché paysan en embarquant 78 œufs frais de la ferme, des fruits et des légumes tous très appétissants. Cela faisait longtemps que nous n’avions pas vu d’aussi jolis produits. Fun-Fun est plein à craquer. Nous sommes prêts pour tenir deux Fier comme un papoumois sans réapprovisionnement.

Nous sommes enfin prêts pour attaquer la partie africaine de notre périple.

Dame Météo nous en donne l’occasion le 6 Novembre 99.

4 nœuds de moyenne pendant la première nuit. Pour le concours des escargots, nous avons des chances de remporter le gros lot si cela continue ainsi !!! Eh bien, pas du tout, le lendemain se révèle meilleur et tout d’abord, les enfants me réveillent (car grâce à notre nouveau radar nous dormons la nuit), il y a des dauphins à l’avant du bateau jouant avec l’étrave. Ce sera toujours le plus joli des spectacles. Ainsi que l’envol des poissons volants  qui se suicident en masse sur le pont  et qui parfois nous prennent pour cibles (le port du casque devenant obligatoire sur Fun-Fun par les temps qui courent).

Images du Cap VertJours avec vent se succèdent gentiment et par beau temps. En 5 jours et demi, nous ferons les 700 miles qui nous séparent des Iles du Cap Vert. Nous nous ancrerons dans la baie de Palmeira sur l’île de Sal à…. 2 heures du matin, bien-sûr. Il y a déjà 15 bateaux au mouillage.

Nous nous éclipserons le lendemain pour aller au sud de l’île, à Santa Maria. Là, une superbe plage de sable blanc où tout le monde profitera de ses bienfaits.

Première constatation : les îles du Cap Vert sont très pauvres, elles commencent tout juste à s’ouvrir au tourisme, l’aéroport de Sal s’étant agrandi, quelques constructions d’hôtels se font jour. Nous espérons que les Capverdiens seront assez sages pour ne pas copier le mauvais exemple des Canaries.

Les enfants avec les jeunes Cap Verdiens de BravaDeuxième constatation : Les Capverdiens sont vraiment très agréables. D’île en île cela n’ira qu’en se confirmant.

Nous prenons le chemin de l’île de Boavista, une grande baie et un très bon mouillage où certains s’essaieront à la planche à voile car le vent souffle. Quelques aller-retours en annexe nous permettront de découvrir l’ancienne capitale administrative du Cap-vert, rues pavées, édifices quelque peu décrépis, anciens lavoirs où les femmes font la queue, bidon d’eau juché sur la tête (port de tête royal) dans l’attente du camion citerne qui desservira la population en eau.

Le Cap-vert est célèbre pour la pêche à la langouste… Miam-miam. Nous espérons bien un jour en faire notre repas.

BravaNous devons nous avancer si nous voulons être en Guadeloupe le 15 Décembre, date à laquelle Martin doit récupérer à l’avion son fils aîné Julien. Nous quittons Boavista pour l’île de SaoTiago. Nous arrivons après une navigation de nuit à Praia, où nous faisons notre entrée officielle au Cap-Vert. Une fois à l’ancre, direction la police maritime et les Douanes. Là, Ils gardent notre passeport et nous demandent des photos d’identité pour le dossier. Après quelques allées et venues, tout est O.K. Et Nicolas, avec son peu de portugais arrive à se faire comprendre des pêcheurs et résultat : ils nous apporteront le soir-même à notre bord, trois belles langoustes  pour un prix raisonnable. Langoustes grillées au menu sur Fun-Fun en compagnie

Nous irons au marché de Praia acheter tomates, salades, concombres, courgettes, et fruits. C’est un marché de femmes aux vêtements colorés, les étalages sont attirants et regorgent de produits frais. Halte obligatoire au Cap-Vert.

Nous nous acheminons vers notre dernière halte au Cap-Vert, vers Brava. Nous nous ancrons devant un village de pêcheurs, dans la baie de Faja. Ce sont les pêcheurs attroupés sur la côte qui nous indiqueront où mouiller.

Le lendemain, trois gamins téméraires viendront à la nage nous rendre visite. Et c’est à partir de ce moment que nous verrons pratiquement tout le village venir à notre bord. Gentiment. De jeunes pêcheurs viendront en barque chercher les enfants pour une partie de pêche (normalement à la langouste, mais il n’y en aura point cette fois-ci). On nous offrira du tazard, que nous mangerons en tartare, du mérou. Le patron du bar, un jour, nous offrira le petit déjeuner et le jour de notre départ des œufs et des fromages.

Nous irons nous balader dans la montagne en quête d’un régime de bananes et de noix de coco fraîchement cueillies. Superbe ballade qui parfois nous laissait entrevoir nos deux bateaux à l’ancre en contrebas.

Madame Météo n’était toujours pas très favorable. Lenny faisait ses ravages de l’autre côté. Des dépressions se créaient qui même si elles ne nous concernaient pas directement, nous confirmaient que les alizés n’étaient pas là.

Et puis nous sommes partis le 25 Novembre 99, suite logique.

La plus courte distance étant la ligne droite pour parcourir ces 2200 miles, nous voulions suivre le 15ème Nord. Mais là, pas de vent, zone de « pétole » à prévoir sous la dépression plus au nord. Cartes Météo arrivant en direct sur nos P.C. et après discussions par Hugo dans sa 'piscine'. Attention a ne pas gacher l'eau, car il n'y a pas de robinet au milieu de l'Atlantique !!V.H.F. entre Martin et Nicolas, nous décidons de descendre plus au sud, entre le 13ème et 14ème. Un peu plus de vent, nous a permis de hisser le spi et de le garder pendant quatre jours et quatre nuits. La ballade était sympa. Les enfants pêchaient thons, dorades coryphènes et tazard (cela nous prenait un certain temps pour remonter leur butin, il fallait ralentir le bateau pour que la ligne ne casse pas, remonter l’hydrogénérateur pour que le fil ne s’y emmêle pas, fatiguer la bestiole, ensuite le temps de remettre tout en route, s’attaquer à vider la bête qui pour le thon est une belle partie de plaisir tant la bête saigne et le sang cela tâche le teck dixit Nicolas…).

Ensuite de gros nuages pas sympathiques sont venus assombrir notre horizon. Et quand c’est trop, c’est tropico !!! Une nuit d’orages tropicaux nous est tombée dessus (ouf, nous n’avions plus le spi, mais encore trop de toile, Grand Voile haute et génois tangonné). Gaetan, entre deux pêchesEt dans les orages, le vent augmente, augmente… Nuit de manœuvres pour finir avec le génois tangonné bien enroulé et trinquette de l’autre côté. Et la nuit, c’est toujours plus impressionnant. Eclairs, tonnerre, vent, et ensuite après l’orage, plus de vent mais encore la pluie. Mais Fun-Fun est un bon bateau. La leçon a porté ses fruits. Les jours suivants, lorsque le ciel nous promettra des saucées, nous affalerons bien en avance quitte à avoir à remettre les voiles si c’est une fausse alerte. Mais la pluie sans vent a un bon côté : une fois, ce sera même la douche sous une pluie torrentielle pour tout le monde sur le pont avec savon et shampooing.

L’organisation à bord se fait sans problème, chacun vaque à ses occupations ou à ses activités. Nicolas prend des mesures au sextant pour ne pas perdre la main, lit, règle son bateau. Les enfants jouent, pêchent, lisent et font leurs cours de CNED à l’oral. Pour ma part, je cuisine les prises des enfants, je m’essaie à la confection du pain (après quelques essais infructueux La photo du mi-parcours ! (Avant le champagne)genre boule de pétanque, au dernier sachet de levure de boulanger et grâce aux recettes via internet, une belle boule de pain qui sent bon et que l’on coupe avec délice… Dommage, nous finirons la traversée avec biscottes et pan cakes faits-bateau pour le petit déj. Et puis au fur et à mesure, je me remets à lire. Et tous ensemble, nous jouons aux cartes, aux dés, aux jeux divers de société.

Ensuite, viennent deux jours de vent qui ressemblent fort aux alizés. Nous venons de passer la mi-parcours. Martin montre son bonheur à la V.H.F. Ce sera de courte durée (le vent et son bonheur). Les jours suivants seront lents, mais bon !!!

Et à 500 miles de l’arrivée, plus du tout de vent. Moteur pour essayer de se déhaler le plus vite possible de cette zone. Mais de toutes façons pas Qui a dit que la vie en voilier était facile ?assez de gas-oil pour finir au moteur. Notre pilote automatique nous fait des farces. Le régulateur ne peut pas marcher puisqu’il n’y a pas de vent. Deux jours de toute petite vitesse. Les garçons en profiteront pour se jeter à l’eau, Fun-Fun étant sans voile. Il fait beau, mais je n’ai pas le cœur à rire et encore moins à me baigner, toute cette eau commence à me peser sur le système.

Et puis une nuit, au moteur, Nicolas à la barre, le vent se montre mollement (8 nœuds), Martin toujours en contact V.H.F., nous dit  avoir 10 nœuds. Espoir fou ? Non, réalité. Le vent ne nous quittera plus, s’accentuant même jusqu’à Marie-Galante, où nous décidons de faire relâche, remettant au lendemain notre arrivée à Pointe-à-Pitre. Nous sommes le 12 Décembre 99.

Mon papa il est la toute la journée !

Il nous faudra quelques jours pour réaliser que nous sommes effectivement de l’autre côté de l’océan, après 17 jours de mer. Drôle de course de plus de deux mois et demi, en tout.